Bon voila il est l’heure, l’heure fatidique de toutes mes soirées à Paname… 00H00, Minuit l’heure du crime. L’heure à laquelle je décide d’assassiner la soirée ou de lui accorder un sursis, une deuxième vie…
La question fatidique cogne mon cerveau de banlieusard alcoolisé… Dernier train ou premier train ? Je suis comme cendrillon sauf que j’ai des Airmax trooop stylées pour pouvoir en oublier une sur un escalier. Et puis ça fait longtemps que j’ai refusé d’être le prince charmant…
Avec moi, c’est soit le dernier train soit le premier, et surement pas le Noctambus. Le taxi c’est pour les riches. Pour faire un taxi-basket il faut pouvoir courir vite, donc ne pas être bourré, mais surtout connaître des rues en sens interdit pour pouvoir être sur de ne pas se faire rattraper puis écraser par le taximan enragé après une nuit de bons et loyaux services.
Haaa le Noctambus et son ambiance chaleureuse, transpirante, gluante, qui rassemble les fêtards, les blédarts, les travailleurs de nuit et les jeunes couples de banlieue blasés qui répètent dans leur barbe: “l’année prochaine, c’est décidé je passe le permis”. Sans oublier les groupes de filles hystériques après une téquila et les racailles du fonds du bus qui fument un gros joint et crient “Putain mais nique ta mère mon frère!”. Ce qui est sympa avec le Noctambus c’est le rapprochement physique couplé à la conduite du conducteur qui se prend pour Schumarer et facilite le placement de mains au cul « pas fait exprès ». Entre les agressions, les fous rires débiles ou nerveux, les malaises, les bagarres pour rentrer dans ce putain de bus et les 2 heures d’attente dans le froid, personnellement, le Noctambus j’ai assez donné…
Ce soir il est donc minuit, je suis sur le dance-floor en train de frotter le cul d’une jolie antillaise qui a oublié de ce laver les cheveux. Elle a de la chance, sa peau est douce et propre, elle a des courbes alléchantes et j’adore l’odeur naturelle du cuir chevelu, surtout les cuirs chevelus tressés. Je viens juste de l’attraper par les hanches, et je sens que je vais transformer l’essai après ce Zouk sur du Stevie Wonder (si si c’est possible même à Paris !). Pourtant des signaux électriques me démangent le cortex : j’ai téléchargé le live de Bobby MacFerrin à Montréal et je veux ABSOLUMENT le voir avant de dormir. En plus la soirée n’est pas extraordinaire et pour finir, mon pote Le Parasite veut rentrer chez lui pour satisfaire une bouffonne aux gros seins qui lui paye des verres depuis le début de la soirée… il se trouve que j’ai oublié mes clés chez lui… Bref la charmante créole se fera une raison, je prends son numéro pour ne pas la vexer et je m’incruste dans le taxi du Parasite enfin dans le taxi de madame « j’ai des gros seins, une frange, la carte de crédit de papa et je veux m’encanailler ». A voir les regards complices que Le Parasite me jette en lui fourrant un doigt, elle va être servie… J’aime bien tenir la chandelle avec lui, car à chaque fois il insiste pour la tenir à son tour.
Après être monté chez lui pour prendre mes clés, je laisse les deux pornstars faire leur business, il me reste 10 minutes pour pécho mon dernier train, celui de 00h49, Gare du Nord. Je me fout un petit Lil Wayne dans les oreilles pour marcher plus vite et je me dis que c’est marrant d’être un éternel piéton écoutant le rap d’un mec qui s’est payé sa première Mercedes pour son 16ième anniversaire, faut dire son label se nomme “Cash money” ça aide… un petit extrait :
« You catch my girl legs open betta smash that
dont be surprised if she asked where the cash at”
ou encore :
” They say ‘yes master! You’re the best master’. My girls need me. I’m like test answers”
“I make Papers like trees”
bon ok j’arrête.
Je m’imagine déjà rentrant chez moi, me déchaussant, cuisiner des tortellinis au sublime de tomate-poivrons, allumer l’ordinateur, dire bonjour à Maria, boire un thé au jasmin en y trempant des Dinosaurus, puis savourer le live de Bobby Mac ferrin dans mon lit avant de dormir… trop bien!!
Arrivé à Gare du nord, j’apprends que mon train est supprimé “pour cause d’avarie sur le système”. Voila, c’est bien fait pour ma gueule, j’ai refusé une antillaise et un plan à trois, je mérite bien une bonne galère et un banc bien froid.
Je décide d’aller à St Michel rejoindre un pote qui fait une soirée dans son apart. Entre Magenta et Réaumur je rencontre un groupe d’anglaises complètement bourrées sur la route, et je fais le chemin avec elles. Elles sont en “colonie de vacances”, elles ont en moyenne 19 ans et elles ont du rosé à foison. C’est dingue comment chez les filles bourrées qui sortent en meute, l’instinct d’allumeuse est exacerbé. Elles touchent, charment, chauffent, et oublient trop vite qu’elles puent l’alcool et sont moches comme tout poivrot qui se respecte. L’alcool accentue les traits vulgaires du visage et rend le regard vitreux et morne, sans parler du sourire profondément niais qu’il inflige. La cerise sur le gâteau c’est qu’une fois qu’on leur explique cette vérité universelle, elles deviennent encore plus allumeuses, comme un défi débile de séduction incontrôlable. J’adoore les filles, enfin presque.
Chez mon pote c’est « posage à la cool tu vois quoi euhhh carrément trankil quoi » Je ne sais pas où il a dégoté ce genre d’invités mais j’ai l’impression d’être dans un groupe de hippie habillé en tektonique, ils se sont manifestement trompé d’époque, mais bon ils sont cools, y a de la bouffe et à boire, et je n’ai rien d’autre à faire. Je finis dans une chambre tout seul à monter un tournoi PES en 16 matchs que je gagne évidement. Je reste jusqu’à 5 heures du mat, je me fais un bol de céréales avec un de ces potes insomniaques, et je me barre sans dire au revoir au résidus qui somnolent sur le sol du salon.
Il est 5H45, l’heure de passage du premier train, les épaves humaines du dimanche matin sont prêtes à rentrer à la maison, elles montent toutes dans les wagons comme des zombies aveugles privée de toute énergie corporelle. Et là, c’est le drame… comme la raclure de chiotte d’imbécile de connard de pâté glaireux que je suis…je m’endors dans le train comme une grosse merde visqueuse…
J’ouvre les yeux. ohhh putain…
Le train est à l’arrêt et je suis seul dans le wagon, un mauvais pressentiment me submerge tandis que ma bouche pâteuse essaye de racler les résidus de salive alcoolisée-tabagique qui se sont amassés minutieusement durant cette nuit.
Je regarde à gauche, à droite et ma peur prend de l’ampleur : il n’y a pas de quais. Je ne suis pas dans une gare.
Je suis dans un dépôt de trains loin du terminus de ma ligne. J’ai dormi plus d’une demi-heure, il est 6h passé. Je vérifie que mes poches sont encore pleines, puis je me lève en insultant ma foutue fatigue. Vingt minutes de sieste en moins, je n’aurais pas raté ma station et je serais déja en train de dormir emitouflé dans ma couette…. la rage.
Et merde!! Les portes du train sont verrouillées, je ne peux même pas sortir ! Je traverse tout les wagons de ce train fantôme et je rencontre un autre corps endormi sur un siège. Je réveille le gaillard qui m’envoie chier en invoquant son taux d’alcoolémie et sa semaine exténuante. Légèrement vexé, je continue ma quête de porte déverrouillée. Alléluia ! J’en trouve une au bout du train et saute sur les rails.
Il fait au moins 0 degrés dehors et il y a une vingtaine de trains à l’arrêt et rien d’autre dans les alentours. En plus mon lecteur MP3 est déchargé. Je commence à perdre espoir. Je me dirige vers la tête des trains et je distingue un groupe suspect… des jeunes artistes urbains sont en train de produire une œuvre d’art sur un wagon, un magnifique graffiti plein de couleur et de style dégoulinant. Me voyant arriver, ils tentent une fuite.
« Ho les gars, tapez pas la fuite ! Chui pas un garde-chien !! Regardez j’ai même pas de chien ! »
Je me pose finalement avec le groupe et admire la fin du travail artistique. Ils me lâchent une clope et j’en profite pour prendre des informations :
-Au fait les gars, on est où là ?
- A environ 8 kilomètres du terminus, t’es dans la merde mon vieux, on est dimanche, et ya pas un train qui part d’ici avant 14 heures.
- Vous vous foutez ma gueule ?
- Non, en plus avec la rosée tu ne peux même pas partir d’ici, les rails sont électrifiés, si tu meurs pas, yen a pour une bonne heure de marche avec tous ces cailloux…
- Hoooo Putainnnnn… je suis vraiment le roi des poissards…
- Nous on se barre dans l’autre sens, si tu veux tu peux venir chez moi dormir sur mon canap’ et repartir vers 14 heures…
- Non c’est gentil mais je vais tenter ma chance autrement… euhh je peux te gratter une autre clope ?
Me voila donc chevauchant les rails les orteils douloureux et la truffe humide, en esquivant tout élément pouvant être parcouru d’électricité. Après avoir dépassé les trains je trouve un préfabriqué dont la lumière intérieure est allumée… c’est le préfabriqué du Maitre-chien! Ce salarié exemplaire se fume un gros pilon en geulant sur ses chiens qui ont senti ma présence et tente de sauter par la fenêtre pour goûter la tendresse de mes fesses. Au lieu de chasser les vilains graffeurs, il préfère se relaxer, et il a bien raison! Une fois certain que les rintintins ne peuvent pas passer par la fenêtre, je lui demande confirmation des informations préalablement obtenues… face à mon désarroi il ne peut pas refuser quand je lui demande : ” euuh t’aurais pas une clope?” J’augmente mon stock de survie et redémarre ma chevauchée.
A ce moment là, je vois un train pourri arrivé au loin, c’est le Micheline (pour les connaisseurs). Je fais demi-tour et cours comme un fou jusqu’au dépôt. Comme prévu le train s’y arrête. Je cours voir le conducteur, mon sauveur. Il sort la tête de sa fenêtre et me dit :
« Toi je t’ai vu courir comme un fou, je suis sur que tu t’es endormis dans le premier train, je me trompe? Aller monte, dans dix minutes je repars, jte dépose à ta gare et jte ferais une visite de mon super cockpit. J’espère que t’as une clope à me dépanner au moins ? »
Il m’a laissé conduire son train comme un gamin, c’était génial, puis il m’a déposé jusqu’à ma station. Coïncidence extraordinaire, le conducteur est un fan de Lil Wayne, on a donc bouncé et échangé nos meilleures rimes du rappeur de la Nouvelle Orléans dans le cockpit avec mon « portable-ghetto-blaster ». Conduire un Micheline ça procure un sentiment unique… conduire un train de banlieue le matin à 7 heure du mat alors que le soleil se lève, c’est toute une ambiance particulière…
Il est huit heure je suis enfin chez moi…. Home sweet home, trop fatigué pour mater le live, ou se faire des tortellinis, je me couche alors que les oiseaux chantent…finalement ya toujours du bon dans une galère…


